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Source : CNIL

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SUJET : Dystopies et compagnie...

Dystopies et compagnie... 10 Jui 2026 09:28 #2780

Alors que je suis en train de découvrir un peu plus largement les œuvres de George Orwell et d’Aldous Huxley, notamment en ce qu’elles ont de dystopique, j’ai rencontré plusieurs fois dans les notes et préfaces, le nom d’un auteur russe du début du XXe siècle, Evgueni Zamiatine et le titre de son roman, « Nous » (ou « Nous autres »). Curieux comme je suis, j’ai sauté sur ce bouquin pour en découvrir les attraits. Et, effectivement, quelle découverte !
Écrit au début du XXe siècle, en 1920-21, il apparait littéralement comme le précurseur du « Meilleur des Mondes » (Brave new world) d’Aldous Huxley (1932) et de « 1984 » de George Orwell (1949), voire de « Un bonheur insoutenable » (This perfect day) d’Ira Levin (1970).
Ces livres, dont on ne sort pas indemnes, sont plus que connus, ont fait polémique en leur temps avant que leur importance ne l’emporte, au point qu’on les étudie même à l’école, au point que certains mots et expressions qui les caractérisent soient passés dans le langage courant !
Et alors ? Rien !
Si leurs héros semblent bien finir décérébrés ou morts, dans la logique des régimes totalitaires décrits avec force détails, leurs auteurs optent pour le pessimisme le plus profond quant à la capacité des humains à se sortir d’oppressions qu’ils ont inventé et qui paraissent toujours avoir le dernier mot.
En fin de lecture de ces quatre livres, j’ai le même sentiment d’impuissance que lorsque je me plonge dans les actualités de notre monde, tant soit qu’on puisse en trouver qui ne soient pas abondamment caviardées ou transformées en manifeste de propagande.
Je ne vois pas plus d’issue à notre réalité qu’à celles de ces dystopies qu’on aurait pu prendre un peu plus au sérieux en temps utile en observant à quel point elles décrivaient des paradigmes déjà en place et leurs effets délétères sur ceux qui les subissaient.
Les différents moyens d’oppression décrits par ces livres ne sont pas des inventions, ils existent bel et bien, sont utilisés de manière de plus en plus large et ouverte. Violence, drogue, mensonge sont un quotidien qui forme tâche d’huile dans toutes les sociétés, en diverses proportions fonction de leurs capacités de résistance qui se mesurent à la position du curseur entre tout individuel et tout collectif !
Cette littérature n’est plus dystopique, elle décrit le réel, nous ne sommes plus dans la théorie tant on observe la facilité avec laquelle se mettent en place les situations menant aux excès qu’elles décrivent.
Les quatre livres mettent en scène des individus qui entrent en dissidence pour d’excellentes raisons mais qui ne parviennent qu’à se faire avaler par les systèmes qu’ils combattent, trop gros pour faillir, trop bien organisés, trop bien servis par une cohorte infinie d’esclaves convaincus de leurs bienfaits, trop heureux de n’avoir pas à se poser de questions sur leur avenir puisque tout est prévu, soit par le parti, soit par la machine…
Nous savons tout cela. Ces livres ne circulent pas sous le manteau. Et alors ? Rien !
Plus de réactions pour contrer les actions du système, les lois de la physique sont ainsi violées.
Je me demande si, dans un étonnant renversement d’intention, cet état de servitude volontaire, de loin le plus économique en énergie et passion, n’est pas le fruit pervers de ces œuvres dystopiques qui démontrent avec talent qu’on ne peut rien contre un monde totalitaire organisé et verrouillé.
Je me demande si elles ne nous poussent pas à oublier que si seuls, nous ne sommes rien, collectivement, nous pouvons renverser des montagnes.
Pire, je me demande pourquoi, à leur lecture, nous ne nous empressons pas de remettre l’ouvrage sur le métier en nous jurant de ne pas refaire à l’infini les même âneries en toute connaissance de cause !
Interrogation cosmique s’il en est.
J’avais envie de titrer ce texte : « 1984, le meilleur des mondes et nous, un bonheur insoutenable ! », mais pour ne pas vous effaroucher, j’ai renoncé…
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