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Source : CNIL
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Nous communiquons quotidiennement avec nos semblables par un langage commun, banal, au point que c’est la plupart du temps un non-sujet. Et pourtant.
Ce média aussi complexe que son usage est naturel, est, dans une société donnée, un champ partagé qui véhicule la multitude de notions qui la fondent, qui permettent aux individus de se comprendre en vue de collaborer ou de s’affronter. C’est l’outil qui permet de construire les relations humaines. Il n’est cependant pas taillé dans le marbre. En effet ses briques élémentaires, mots, locutions, syntaxes, au-delà d’un corpus commun à tous, varient à un instant t entre les communautés de pensées et les générations qui composent une société humaine. Ajoutez à cela la dérive linguistique induite par le temps qui passe et vous aurez une bonne idée du rôle majeur du langage comme un liant sociétal qui influe grandement sur l’homogénéité de notre vision des choses au sein groupe. J’ai la chance de naviguer régulièrement entre différents milieux socio-professionnels où je suis confronté sans cesse à ces fameuses variations de langage auxquelles il est nécessaire de s’adapter pour comprendre ce qu’on nous raconte au travers de mots et expressions assez… originaux. Ajoutez à cela les variations liées à l’âge de votre interlocuteur et vous connaitrez un de ces vertiges existentiels qui vous remettent bien vite à votre place ! Par exemple, toute discussion avec mes petits-enfants tourne au surréalisme si je ne m’inquiète pas du sens, bien différent du mien, qu’ils accordent à certain mots. D’où conversation émaillées d’yeux grands ouverts et de sourcils froncés… Avec quelques courageux camarades, je travaille depuis des années sur un site web à vocation historique qui nous confronte à des masses de documents couvrant une période allant de 1757 à nos jours. Autant dire que les questions de langages se posent avec acuité ! Les jargons administratifs militaires ont eux aussi subi une dérive temporelle à laquelle il a bien fallu d’adapter. Ne parlons pas des nombreux témoignages directs que nous avons découverts, en apprenant à s’en méfier tant qu’ils ne sont pas recoupés par d’autres ! En effet, nous avons constaté plus d’une fois que le même événement était vu bien différemment par ses acteurs et ses témoins, selon leur personnalité ou l’endroit depuis lequel ils l’avaient vécu… Entre autres. Et aussi que deux événements de même nature mais à une époque différente, ne se ressemblaient en rien. Aux variations langagières liées au temps et aux classes sociales, viennent s’ajouter celles issues des mentalités du moment et du lieu, de la rusticité des gens, de la perméabilité entre elles des structures sociales. Un ouvrier, un paysan ou un bourgeois ne verront pas la même chose de la même manière. Il faut se soucier sans cesse de ce terrain mouvant alors qu’on explore la documentation que nous voulons partager le plus largement possible. Il faut se réfréner dans nos commentaires et les nettoyer de toute considération trop ancrée dans notre temps et rappeler clairement que la fragilité de tous ces témoignages incite à ne pas les prendre pour argent comptant et doit pousser à rechercher tous les recoupements possibles en respectant la prudence la plus pointilleuse. C’est un enseignement bien utile dans la vie quotidienne alors qu’on est confronté à jet continu aux pires âneries qu’il est possible d’imaginer et de proférer sans limites ni contrôle dans le champ libre des réseaux sociaux devenus des marécages de la non-pensée. Avoir conscience des limites et des défauts de notre langage, à son étrange statut d’outil aux effets variables et/ou intempestifs, mais aussi de son immense pouvoir d’ouverture aux autres, doit nous conduire à nous en servir avec un temps de recul propice à la réflexion critique et à l’apaisement des relations avec autrui. C’est une attitude contraire à la logorrhée torrentueuse de ceux qui ont toujours raison envers et contre tout, qui n’écoutent ni n’entendent rien que leurs certitudes du moment et que les réseaux tartinent à l’envie dans des cervelles vides à force de diversions hypnotiques. Quel dialogue peut-il exister entre ceux qui n’ont que cinq cent mots de vocabulaire et les familiers des langages mobiles ? Dans le cadre de l’apprentissage des relations sociales, doit être expliqué à l’école ce qu’est le langage, ses forces, ses faiblesses et l’importance à le maitriser pour comprendre le monde et les autres. |
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