AlternativeS DémocratiqueS - Le monde selon Arte : “Sacrée croissance”

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Source : CNIL

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“Sacrée croissance”  est un documentaire qui a été diffusé sur Arte en novembre 2014. Il a nécessité des moyens importants, puisque le tournage a duré deux ans à travers le monde.

Les médias unanimes ont fait part de leur enthousiasme. Sous le titre « Des héros locaux pour sauver le monde », Télé 7 Jours (propriété du richissime Arnaud Lagardère), expliquait que « Face à la crise économique et écologique, ils sont des milliers de citoyens, comme Ran, à multiplier les initiatives locales pour réinventer un système économique à la dérive. »

Pour Télérama (propriété des très riches Louis Dreyfus et Pierre Bergé), « Il n’est plus temps de fustiger, il est urgent d’agir ! » Le film se concentre « sur des exemples positifs et l’exploration d’initiatives et d’alternatives qui fonctionnent… »

Libération (propriété des fortunés Bruno Ledoux et Patrick Drahi) raconte que « Marie-Monique Robin fait le tour du monde des solutions pour changer de modèle. Et elles ne manquent pas. » Dans un autre article (quel engouement !), on nous explique : « La bonne nouvelle, c’est qu’il est possible de tourner la page. De passer à une société “post-croissance” qui sera tout sauf sacrificielle, archaïque et malthusienne. C’est ce que démontre Marie-Monique Robien dans Sacrée croissance !, enquête fouillée et réjouissante sur les alternatives à un logiciel devenu mortifère. » (C’est moi qui souligne.)

Alors, voyons cette soi-disant démonstration.

Le film débute par les discours d’une brochette d’experts qui disent tous la même chose, « la croissance est bel et bien terminée » (c’est la première phrase du film). La première raison en est « l’augmentation du prix du pétrole ».  « Au siècle dernier, la croissance était due au fait que nous avions beaucoup d’énergie bon marché. Or, l’ère des énergies bon marché est révolue. » On admire la perspicacité de ces spécialistes, à quelques mois de l’effondrement des prix du pétrole. Cet effondrement n’a d’ailleurs rien changé au marasme économique, preuve que ce dernier n’est pas dû au cours du pétrole.

Après le rabâchage des mêmes idées, sans aucune pensée contradictoire, sans laisser aucune prise à l’esprit critique – cette procédure se répète tout au long du “documentaire”, le tour du monde commence. Je ne vais pas m’attacher à toutes les étapes, ce serait fastidieux (pour moi) d’avoir à tout démonter.

À Toronto, « Fresh City Farms incarne un vaste mouvement planétaire qui a compris qu’il était urgent de changer de paradigme économique ici et maintenant ». Le mot paradigme sera répété à satiété. Et les gens auraient enfin « compris ». Vous commencez à deviner que dans le nouveau “paradigme”, le capitalisme n’existe pas — ce mot tabou ne sera jamais prononcé. Il ne sera jamais non plus fait mention des richesses fantastiques accumulées par quelques uns, des inégalités sociales sans précédent. Comment, sans toucher aux fortunes extravagantes, aller vers la joie et le bonheur ?

Selon le film, l’agriculture urbaine et biologique fournit à Toronto une alimentation abondante, saine et de haute qualité. Mais cet apport n’a pas empêché le chou-fleur d’atteindre les 8 dollars l’unité le mois dernier (janvier 2016), ceci étant dû à la situation économique désastreuse du Canada. Le jardinage urbain et bio n’a pas changé la donne.

En Argentine, à Rosario, « Ida et Damian vivaient dans un bidonville qui fut ensuite transformé en décharge publique. Petit à petit, ils ont défriché, nettoyé le sol contaminé et cultivé. »

Rosario

C’est beau, les miracles ! Du jardinage bio, sur une ancienne décharge ! Consultez wikipédia pour avoir une idée de la difficulté de dépolluer un sol, sans même qu’il soit question de rechercher « un retour à l’état antérieur à la pollution (dépollution totale) en raison du cout excessif de l’opération. » Les sols dépollués peuvent être utilisés pour des constructions, pour des parcs, certainement pas pour produire des aliments… Mais dans un “documentaire” d’Arte, tout devient possible ! Nouveau paradigme !

Sautons au Bhoutan, le pays du Bonheur National Brut. « Avec un PIB d’un milliard d’euros, il est considéré comme un des pays les plus pauvres de la planète. Pourtant, il représente aujourd’hui un modèle. » Serait-ce encore un nouveau paradigme, pour enjoliver le désuet « L’argent ne fait pas le bonheur » ?

« En 2013, le Bhoutan a remis un rapport, à la demande de l’ONU. Intitulé “Le bonheur, vers un nouveau paradigme de développement”, il a été rédigé avec la collaboration de plus de soixante experts internationaux… » 60 experts ! C’est du sérieux ! « Je pense que c’est l’une des nouvelles les plus optimistes, enthousiasmantes et formidables de l’histoire récente » nous raconte l’un de ces spécialistes.

Comment cela se passe-t-il concrètement ? Le “documentaire” nous emmène dans une école, l’Early Learning Center (ELC). C’est bien, tout le monde y parle anglais. « Nous ferons tout notre possible pour éduquer véritablement pour le Bonheur National Brut et même, comme c’est le cas ici à l’ELC, pour le bonheur universel » déclare la directrice aux élèves alignés dans la cour. Tout le reste est du même tonneau. Des officiels se succèdent devant la caméra et assènent que le Bhoutan est le pays du BNB (Bonheur National Brut). Pas le moindre doute, pas la moindre contradiction. « En 2010, le gouvernement a publié une directive exigeant de tous les établissements scolaires qu’ils introduisent l’enseignement du BNB dans leurs programmes » nous assure la voix off. Le bonheur, c’est aussi simple qu’une circulaire.

« L’ELC est aujourd’hui considéré comme une école pilote dont les pratiques inspirent de nombreux enseignants du pays. » Les pratiques semblent consister à pérorer sur le bonheur en montrant des affiches.

Bhoutan 1

Nous ne verrons pas la moindre interaction entre les enseignants et les élèves, ni des élèves entre eux.

Il y aurait, parait-il, un jardin. Ce qu’on en voit est une sorte de terrain vague que trois enfants défoncent à la pioche et à la houe, et l’énergie qu’ils déploient en dit long sur l’usage prétendument agricole de la parcelle.

Bhoutan 2

« Ici, tous les élèves apprennent à cultiver un jardin biologique. »

Bhoutan 3

Il suffit d’y croire : la séquence dure trois secondes. On voit deux garçons en baskets immaculées qui éparpillent des graines sur un terrain non ratissé, sans allée ou cheminement apparent. Même au Bhoutan, il est douteux qu’on obtienne la moindre récolte de cette façon.

Les Bhoutanais étaient tellement heureux qu’ils ont depuis renoncé au BNB. Wikipédia nous révèle que « Le discours sur le Bonheur national brut est remis en cause par le Premier ministre nommé en juillet 2013, Tshering Tobgay, qui explique que le gouvernement précédent a passé beaucoup plus de temps à en parler qu'à agir, et relève que le pays est confronté à quatre grands défis : l'endettement, la monnaie, le chômage, dont celui des jeunes, et la perception d'une corruption croissante. »

Endettement, problèmes monétaires, chômage des jeunes, corruption généralisée, ça ne vous rappelle rien ? Marie-Monique Robin n’a vu que ce qu’elle voulait voir.

Leurre

Sacrée croissance fait partie de ces leurres en permanence projetés sur nos écrans pour détourner la colère des spectateurs et les engager vers des solutions inefficaces, voire pernicieuses. Ainsi peut être préservé le système des ultra-riches.

Le film fonctionne comme un tour de prestidigitation. Un commentaire obsédant ne laisse aucune place à la pensée et fait croire à des solutions miraculeuses. Il s’appuie en permanence sur l’autorité de “spécialistes” qui n’ont jamais rien vu venir. Le spectateur ne voit pas, il croit voir, puis il croit qu’il a vu “des solutions qui fonctionnent.” De ce point de vue, Sacrée croissance est un documenteur qui a parfaitement rempli sa tâche.

 

  • A Toronto, on voit passer sur un étal, furtivement, une caisse de bananes ! Des bananes canadiennes OGM poussant les pied dans le permafrost, sûrement !
    Furtivement : c'est bien ainsi qu'on fait passer des énormités en douce.
    En effet, si on regarde ce genre de documentaire dans la foulée, sans interruption, on est pris dans le courant des images trop jolies et de commentaires trop mimis pour, dans le meilleur des cas ne ressentir à la fin qu'un vague malaise. La mélasse absorbée d'un coup anesthésie le sens critique.
    C'est pourquoi, confrontés à des médias tenus par le système libéral, il est impératif de pratiquer l'arrêt sur image qui brise l'effet de sidération si savamment crée par le défilement continu.
    Et à la sidération succède la colère face à de telles crapuleries !

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