AlternativeS DémocratiqueS - L’optimisme, de quoi déprimer !

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Source : CNIL

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– Votre fils a l’air triste, madame.
– C’est vrai ; pourtant je n’arrête pas de lui donner des gifles pour lui faire passer cet air-là !

« Nous sommes le pays le plus pessimiste d’Europe, voire même du monde. Les pays qui sont dans la guerre, ils sont encore plus optimistes que nous ! » geignait François Hollande le 14 juillet dernier. Il faudra que quelqu’un lui explique qu’une personne, qui vient d’échapper de justesse à un incendie et qui est prise en charge par les secouristes, a un moral sensiblement plus élevé que son voisin coincé dans une maison certes intacte mais cernée par une mer de flammes. On n’est pas optimiste ou pessimiste en fonction de sa situation présente mais en fonction de ce qu’on anticipe, pour soi-même et pour ses proches.

Les Français sont bien placés pour savoir à quoi ont conduit les politiques d’austérité en Italie et en Espagne. Ils en ressentent les premiers effets et pressentent ce qui les attend.

La “science” économique des ultralibéraux, qui est à l’économie ce que l’astrologie est à l’astronomie, a totalement échoué. Chacune des solutions qu’elle propose, la relance, la “rigueur”, ne fait qu’aggraver la crise. Ne sachant plus à quel saint se vouer, les politiciens abandonnent leurs économistes forts en maths pour d’autres, les comportementalistes. L’économie s’humanise. Foin des calculs incompréhensibles, on fait désormais dans la psychologie.

Ces psychologues ont fait une découverte stupéfiante : ce n’est pas parce qu’il y a la crise que les Français sont pessimistes, c’est parce que les Français sont pessimistes qu’il y a la crise. Le pessimisme conduit à anticiper que ça va mal aller, et ces prévisions seraient autoréalisatrices. Dès lors, la solution est simple : il suffit d’être optimiste et de faire partager son optimisme pour que tout aille pour le mieux ! François Hollande annonce donc que la crise est derrière nous, que c’est déjà la reprise et hop ! la crise s’évanouit. Il explique sa nouvelle doctrine économique :

« Pour qu’il y ait de la croissance, le premier principe, c’est la confiance, c’est que les Français se disent : “Voilà, nous sommes dans un grand pays, nous ne devons pas céder au dénigrement de nous-mêmes, au pessimisme, à une forme de résignation.” »

Il annonce d'excellentes nouvelles qui vont changer notre état d’esprit :

« La reprise, elle est là ! Je ne vais pas enjoliver le tableau, elle est là ! Il y a une production industrielle qui repart, et nous sommes le pays en Europe où la production industrielle est le plus rapidement repartie depuis maintenant trois mois. La production industrielle, elle repart ; la consommation, elle connait une petite reprise. Les embauches commencent à progresser. C’est très léger mais il y a l’assurance que le second semestre sera déjà meilleur que le premier. »

Soit François Hollande croit à ce qu’il dit, soit il n’y croit pas. Dans les deux cas, quand on songe au rôle qui est le sien dans notre monarchie élective, l’effet est déprimant.

 

Alternatives ÉconomiquesDans le numéro d’été d’Alternatives Économiques, Guillaume Duval est moins béat mais suit la même logique. Il est moins catégorique sur le rôle du moral dans l’activité économique, mais quand même : « Cette morosité hexagonale risque d’être autoréalisatrice : quand on est inquiet, on n’innove pas, on n’investit pas et on épargne beaucoup trop. Des comportements qui renforcent les difficultés rencontrées au lieu d’aider à les surmonter. »

Guillaume Duval nous présente donc cinq raisons de ne pas désespérer.

 

  1. La mondialisation peut changer de chemin.

Oubliez que la mondialisation c’est l’arme principal des plus riches pour imposer le moins-disant social, et tout ira mieux – du moins dans votre tête. Comme le scorpion de la fable, la mondialisation pourrait changer de nature.


Le scorpion voulait traverser une rivière et il demanda à la grenouille de le transporter. « Non, répondit la grenouille, non, très peu pour moi. Si je te prends sur mon dos, tu me piqueras et la piqure du scorpion est mortelle.
–  Voyons, où est la logique dans tout cela ? dit le scorpion, qui est un animal très logique. Si je te pique, tu mourras, et je me noierai avec toi. »
Alors, convaincue, la grenouille prit le scorpion sur son dos. Au beau milieu de la rivière, elle sentit une douleur atroce, et comprit que le scorpion l'avait piquée. Elle commença à couler, entrainant le scorpion avec elle, et s'écria : « Où est la logique dans tout cela ?
–  Je sais bien, dit le scorpion, mais que veux-tu, je ne peux pas m'en empêcher... C'est ma nature qui veut ça. »

 

2. On n’a pas de pétrole mais on peut avoir des idées.

En 1974, la propagande giscardienne affirmait carrément : « En France, on n’a pas de pétrole, mais on a des idées. » Ça fait quarante ans que ça ne marche pas, mais on sait jamais, ça pourrait marcher !

3. L’Europe n’est pas condamnée à la récession.

Des mesures financières à l’échelle de l’Europe sont censées nous sortir de la crise. Guillaume Duval nous annonce la fin prochaine des paradis fiscaux, pourtant déjà abolis à plusieurs reprises. Il prône aussi une politique de relance à l’américaine ou à la japonaise. Ce qui ne fonctionne pas là-bas fonctionnera peut-être chez nous…

4. La France a des atouts à faire valoir.

La France est un pays jeune. Il suffirait de « prendre au sérieux la nécessaire refondation de l’École » pour que cette jeunesse se transforme en atout. C’est comme si c’était fait !

Il vante ensuite notre réseau routier, puis « notre réseau ferroviaire lui aussi assez complet » qu’il a eu l’intuition heureuse de ne pas qualifier de bien entretenu.

Enfin, il se félicite « d’un appareil d’État relativement peu corrompu ». Avec les deux derniers Présidents de la République condamnés ou mis en examen, l’affaire Cahuzac, l’affaire Tapie, toute la subtilité de l’argument de Guillaume Duval réside dans le « relativement ».

5. La France n’est plus une grande puissance. Et alors ?

Il n’y a pas si longtemps, ceux qui s’inquiétaient du recul de la France étaient traités de déclinistes. Maintenant que c’est avéré, on leur rétorque : « Et alors ? »

 

Guillaume Duval provoque le même effet déprimant que François Hollande. Pourtant, il a la solution sous les yeux. Il se réfère à Marc Bloch sans le comprendre. Parlant du pays d'avant-guerre, il écrit : « Il faut lire L’étrange défaite de Marc Bloch pour mesurer l’ampleur des blocages qui le paralysaient alors. » La France était alors paralysée ; elle ne le serait donc plus.

Pour un ultralibéral, la société actuelle n’est plus bloquée, puisque l’on progresse grâce à des « conférences sociales régulières destinées à associer plus étroitement les partenaires sociaux » vers toujours plus de régression sociale. Warren Buffet déclarait en 2006 au New York Times : « Bien sûr que la lutte des classes existe, mais c’est ma classe, la classe des riches qui est à l’offensive, et cette guerre, nous sommes en train de la gagner. »

Trente ans d’ultralibéralisme ont totalement bloqué la société française. On est assigné dès sa naissance à sa classe sociale, quasiment à sa caste (les plus riches parviennent à supporter cette épreuve). L’appauvrissement de l’immense majorité, l’accumulation fabuleuse des richesses par un petit nombre, voilà les raisons de la crise.

Guillaume Duval note que l’économie française avait réussi un redressement spectaculaire après la guerre. Il en attribue la raison au large accord conclu dans le cadre du Conseil National de la Résistance. Il a raison sur les faits, pas sur la cause. Ce n’est pas parce qu’il y a eu accord que la France s’est redressée, mais parce que cet accord s’était fait sur la base d’une réduction des inégalités, pour une meilleure justice sociale.

Ce que Guillaume Duval ne voit pas, c’est que, comme alors, la raison de ne pas désespérer ne passe pas par un optimisme artificiel et démobilisateur, mais par la lutte contre les inégalités et pour la démocratie.

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